Communauté 
du Coeur eucharistique de Jésus

+ 33 953 807 630

info@coeureucharistique.org

14, Route de Lyon

25720 Beure (France)

@2018  Société du Coeur eucharistique

Pour nous écrire

  • Grey Facebook Icon

Saint Joseph

Grande fut la surprise de Joseph lorsque l'ange l'informa que l'enfant porté par Marie serait le Sauveur de son peuple. Mais cette annonce ne trouva point son âme impréparée. Ce Sauveur, c'est ce que Joseph attendait de toute l'ardeur de son âme juive.

 

Ce qui distinguait l'âme religieuse juive, c'était l'espérance messianique. La ferveur de la religion était tournée vers l'avenir, un merveilleux avenir où le Messie apporterait à son peuple le salut, et instaurerait un royaume dont Dieu serait le maître. Joseph était intimement pénétré de cette espérance, et, avec plus d'impatience que d'autres, il attendait cette ère nouvelle.

 

 

Beaucoup l'attendait surtout pour une restauration politique, nationale. L'occupation étrangère accroissait la nostalgie de la liberté et de l'indépendance : le Messie apparaissait comme celui qui viendrait procurer au peuple une libération qu'il aurait été incapable d'obtenir par lui-même. Joseph ne manquait pas d'éprouver ce désir d'une libération nationale, mais son espérance dépassait le niveau des aspirations politiques. Il se souvenait des oracles prophétiques qui avaient annoncé une nouvelle alliance, où le peuple appartiendrait vraiment à son Dieu, avec un esprit nouveau et un coeur nouveau (Jérémie 31, 31-33 ; Ezéchiel 36, 25-29). Le peuple idéal de l'avenir serait rempli de la sainteté divine. C'était cette rénovation spirituelle que Joseph attendait principalement.

 

 

Par le message de l'ange, son espérance reprit un nouvel élan. Elle se trouvait déjà comblée sur un point essentiel : désormais le Messie était là ; il était présent au milieu des hommes, et cette présence signifiait qu'infailliblement l'heure de la libération et de la rénovation des âmes était proche.

 

 

En vivant côte à côte avec Jésus, comment cette espérance ne se serait-elle pas de plus en plus épanouie ? De l'enfant rayonnait une telle pureté qu'elle faisait entrevoir cette purification que Dieu avait promise aux pécheurs. Il y avait une telle sainteté en lui que Joseph pouvait y discerner la sainteté divine prête à se répandre parmi les hommes. En lui il découvrait l'esprit nouveau et le coeur nouveau qui allaient animer l'humanité nouvelle. Aussi désirait-il toujours davantage l'instauration de la nouvelle alliance. Plus il voyait grandir l'enfant, plus il sentait le rayonnement de grâce qui émanait de lui, et plus il avait hâte que d'autres hommes en bénéficient. Ayant le privilège de vivre en présence du modèle de perfection selon lequel le genre humain devait être reconstruit, il rêvait de plus en plus de cette reconstruction et la souhaitait ardemment. 

 

 

Au contact de Jésus, son espérance devint plus exclusivement surnaturelle. Joseph comprit que cet enfant, dont l'existence s'écoulait de façon si ordinaire, ne se préparait pas à jouer un rôle politique. Sa perfection était d'un autre ordre, et la sagesse qui se développait en lui ne le portait pas vers une carrière de tribun ni de chef militaire ni d'administrateur de territoire. C'était une sagesse préoccupée des choses de Dieu, de l'avancement spirituel des hommes : Jésus montrait qu'il n'était là que pour un royaume divin, sans commune mesure avec les royaumes de ce monde.. Sans que Joseph l'ait jamais entendu parler de ses projets, il devinait dans la personnalité de l'enfant et du jeune homme cette intention surnaturelle. Son espérance se dirigeait donc de plus en plus uniquement vers l'aspect spirituel de la restauration que le Messie accomplirait.

 

 

C'est ainsi que la vie de Joseph, si intimement liée à la croissance du Sauveur, fut une espérance qui ne cessa de grandir. Avec Marie, il présenta à Jésus le témoignage de l'aspiration de l'humanité à un monde meilleur. Dieu en effet ne peut accorder la plénitude de ses dons qu'à ceux qui lui ont ouvert leur âme par le désir de les recevoir. Au nom de tous les hommes qui avaient soif d'une libération et d'une élévation des âmes, Joseph dévoilait à Jésus l'ardeur de son attente. Son espérance était une supplication qui invitait le Sauveur à ne plus tarder dans l'oeuvre qu'il devait entreprendre.

 

 

Joseph nous montre l'importance de cette collaboration que nous sommes appelés à fournir à l'oeuvre divine par notre espérance. Cette attitude d'espoir, Dieu nous la demande comme il l'a demandée à Joseph, afin de pouvoir étendre le plus possible aux hommes les bienfaits du salut. Il aime ceux qui se tournent vers lui avec une attente pleine de désir. Joseph, qui n'a pas pu travailler directement, de façon visible, à l'instauration du royaume du Christ ici-bas, nous apprend à coopérer par l'élan secret de notre coeur à l'expansion de ce royaume. Il peut nous aider à faire de notre espérance une prière qui attire les grâces divines sur l'humanité.

 

 

Il nous donne l'exemple d'un horizon très large dans l'espérance. Parfois certains ont eu tendance à ne considérer dans l'espérance que son aspect individuel ; il est d'ailleurs vrai que chaque homme doit espérer son propre salut, compter sur les grâces qui lui permettront d'entrer dans le bonheur éternel, et attendre une vie de l'au-delà meilleure que la vie terrestre. Mais l'espérance ne se borne pas à cet avenir personnel ; elle n'est même pas d'abord cela : elle est avant tout l'attente du salut de l'humanité entière, et ne veut avoir d'autres limites que le monde. Dans sa vie tranquille et obscure de Nazareth, Joseph fut animé de ces désirs illimités. La destinée du peuple juif, et de toute la communauté humaine, était l'objet essentiel de son espérance.

 

 

Aussi sommes-nous entraînés par lui à un élargissement de nos aspirations. Il nous invite à ne jamais restreindre notre espérance à notre propre destinée, ni à celle d'un groupe, mais à la faire porter sur l'expansion de tout le royaume de Dieu dans notre monde.

 

Il nous engage aussi à maintenir notre espérance à un niveau surnaturel. Certes, les aspirations de l'humanité au bien-être, au développement culturel, à la bonne administration de la société civile, sont légitimes et doivent être encouragées. Mais l'objectif de l'espérance chrétienne est plus élevé : il concerne le bien des âmes, la vie divine qui leur est offerte, la destinée éternelle qui se décide pour elles ici-bas. Joseph, qui se distinguait de ses compatriotes par la nature spirituelle de son espérance, attire notre attention sur les valeurs spirituelles que nous devons attendre et espérer. Les autres biens n'ont qu'une valeur transitoire ; en certains cas, ils peuvent se perdre ou doivent être sacrifiés. Mais on ne doit jamais se lasser d'espérer le salut éternel, le seul bien qui puisse combler les désirs de l'homme. Joseph nous aide donc à faire monter vers le ciel nos aspirations.

 

 

Enfin, il stimule en nous l'attachement personnel au Christ, qui stimule et soutient l'espérance. Sans doute avait-il été toujours fervent dans son espérance ; mais celle-ci s'est transfigurée à partir du moment où il vécut dans l'intimité de Jésus. La vue du Sauveur rendait son espérance certaine de posséder déjà ce qu'elle cherchait. Cette certitude existe dans notre espérance chrétienne, puisque nous possédons déjà en nous celui qui doit faire notre bonheur pour l'éternité. 

 

 

Plus nous nous attachons à lui, et plus nous vivons en lui, plus l'espérance prend un élan solide et sûr.

 

En particulier, Joseph comprit, dans le regard contemplatif qu'il posait sur Jésus, que sa sainteté et son amour étaient capables de vaincre le mal dispersé dans le monde. S'il fut parfois effrayé de rencontrer chez certains hommes une déconcertante méchanceté ou une perversité obstinée, il fut rassuré par la présence d'un enfant dont la puissance spirituelle promettait d'être plus forte. Il crut dans le triomphe du Sauveur, malgré les contradictions annoncées par le vieillard Siméon. Il nous entraîne à espérer en dépit de toutes les fautes humaines, et, puisque nous avons eu le bonheur de connaître la victoire du Christ ressuscité, à garder notre optimisme à travers toutes les épreuves que traverse l'Eglise. Appuyée sur le Sauveur, notre espérance ne peut être que triomphante avec lui.

 

 

"Saint Joseph" par Jean Galot, j.s